Pour son premier rôle en tête d’affiche, Louise Bourgoin incarne une jeune maman
qui découvre la maternité. Un « heureux événement » (adaptation du livre d’Eliette
Abécassis, sortie le 28 septembre) qui lui a permis de pousser l’expérience de la
comédie à un niveau inédit pour elle…
“C’EST UN VRAI GRAND RÔLE, UN PORTRAIT DE FEMME COMME IL EN EXISTE PEU”

Qu’avez-vous pensé à la lecture
du scénario ?
Je me suis dit que c’était un projet
que je ne pouvais pas laisser passer.
C’est un vrai grand rôle, un portrait
de femme comme il en existe peu
au cinéma. Barbara, ce n’est pas un
personnage statique : elle évolue,
elle se transforme, elle vit même une
véritable métamorphose. L’expérience
de la maternité va la sortir de sa
zone de confort habituelle et de ses
concepts philosophiques pour la
confronter à la vérité crue de la vie.
Le fait de n’avoir pas encore
connu l’expérience de la
maternité vous a-t-il fait douter ?
Oui, dès que je croisais une femme
enceinte, je la harcelais de questions.
J’ai dû rendre complètement chèvre
la maquilleuse, Séverine, enceinte de
sept mois au moment du tournage !
Les prothèses de ventre m’ont aidée
aussi. Plus je suis travestie, déguisée,
changée, plus j’arrive à construire un
personnage différent de ce que je suis,
c’est une évidence. Et puis le temps
d’installation des faux ventres était
un temps que je pouvais pleinement
consacrer à entrer dans la peau de
mon personnage, très concrètement.
Finalement, ce manque
d’expérience rend encore plus
crédible votre personnage…
En effet, j’étais tout aussi dépassée
que mon personnage. Au début, j’ai
cru qu’on n’allait jamais y arriver,
c’était difficile de s’abandonner dans
le jeu alors que le bébé que je tenais
dans les bras me balançait sa main
dans la figure ou racontait sa vie
en onomatopées. Et petit à petit on
s’est apprivoisés. Entre les scènes,
je restais avec les bébés pour qu’ils
s’habituent à moi, je jouais avec eux,
je les rassurais, je suis même allée
passer quelques dimanches avec eux
chez leurs parents.
Quelle a été la scène
la plus compliquée à
tourner ?
Celle de l’accouchement.
C’est toujours risqué dans
un film, ça peut vite être un
peu grotesque. Là, c’était
« LA » scène. Si on la ratait,
le film était raté parce qu’on
n’y croyait plus après.
Vous y étiez préparée ?
Oui, j’ai pris des cours de
pré-accouchement avec
des femmes enceintes
pour apprendre à respirer
pendant les contractions.
J’ai également suivi une
sage-femme dans une
clinique parisienne, elle
m’a permis d’assister à une
dizaine d’accouchements.
C’était très marquant. Le
sang, les sécrétions, le
placenta... On vit dans une
société assez aseptisée, on
n’a pas l’habitude de voir
ça, pourtant c’est quelque
chose de naturel.
A un moment, vous
devenez toute blanche
vous tombez dans les
pommes. Pour de vrai ?
Oui, mais je tiens à rassurer
tout le monde : aucun
comédien n’a été maltraité
durant le tournage. Au
contraire, le réalisateur,
Rémi Bezançon m’a
beaucoup aidée. Toutes les
femmes qui ont accouché
sous mes yeux m’ont
inspirée aussi. Les observer
m’a permis de jouer
certaines choses que je
n’aurais jamais osées sinon.
Tout était dans leur regard
car, malgré leur souffrance,
elles gardaient toutes une
certaine dignité face à
l’équipe médicale, aux gens
qu’elles ne connaissaient
pas. Je m’en suis servie
en jouant. J’ai aussi pensé
à elles quand on a posé le
bébé sur ma poitrine après
l’accouchement.
Comment étaient vos
relations avec votre
partenaire, l’acteur Pio
Marmaï ?
Pio est un acteur instinctif,
physique, avec une grande
maîtrise de l’espace, de son
corps et de son jeu. Il fait
beaucoup de sport, c’est
quelqu’un de très sain, de
solide et de rassurant. Il m’a
appris plein de trucs. Par
exemple, pour la scène où
je devais être complètement
saoule, juste avant la prise
il m’a fait tourner sur
moi-même jusqu’à ce que
je ne marche plus droit du
tout.
Beaucoup de
complicité, donc…
Il m’a donné plein
d’astuces de ce genre, je
lui suis reconnaissante.
Quand on a su qu’on allait
jouer ensemble, on s’est
beaucoup vus avant le
tournage pour répéter,
s’exercer avec des bébés et
apprendre à se connaître.
On allait avoir des scènes
très intimes à partager, des
scènes de baisers, d’amour,
de sexe. Donc on a préparé
cette intimité. Du coup, on
est devenus très proches.
Et aujourd’hui, Pio c’est
comme mon frangin.
Crédit : © 2011 Gaumont - Mandarin Cinéma / Photo : Nicolas Schul