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BODY PAINTING : LE CORPS COMME OEUVRE D’ART
1/09/2010

Le corps comme ultime support de l’œuvre d’art : c’est ainsi qu’on peut concevoir le Body Painting, actuellement très en vogue dans les milieux de la publicité, de la mode et du clubbing. Nous vous présentons dans ce dossier ce phénomène en faisant intervenir Anastasia Durasova, l’une des plus éminentes spécialistes du genre…

Au premier abord, si l’on parle Bodypainting, on a tous en tête la scène culte du film Les Bronzés : une activité de touristes du Club Med qui peignent et dessinent sur des femmes nues.

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crédit : Oleg Igorin

Loin de ce cliché humoristique, la « peinture corporelle » a accédé ces dernières années au rang d’un véritable art connu et reconnu. Pourtant, cet « art » ne date pas des années 60, époque où il a accédé à une première vague de popularité, à la veille de la libération sexuelle. Il est même vieux comme le monde.
Ainsi, dès l’aube de l’humanité, les hommes des cavernes utilisaient de la craie, du sang d’animal ou du charbon de bois pour se maquiller le corps afin d’impressionner l’ennemi ou de se camoufler pour la chasse. Cette technique primitive est réapparue en occident dans les années 60, à une époque de remise en question de l’art. Le corps devient vecteur d’affirmation de l’identité ou signe d’appartenance à un groupe social ou à une communauté et donc un support pour l’expression de l’art libéré des carcans de la peinture classique.
Le Body Painting est ainsi devenu au fil des décennies un art plastique à part entière. La créativité qui s’y exprime est sublimé par les photographes qui mettent en scène ces corps. Le cinéma (comme dans Avatar) et la publicité exploitent ces techniques jusque dans leurs ultimes recoins.

LORSQUE LE NU PARAÎT HABILLÉ…

Et chaque année, des festivals et autres rassemblements sont consacrés à ce phénomène, tel le World Bodypainting festival de Seeboden en Autriche (www. bodypainting-festival.com) où est célébré chaque année en juillet depuis 1998 cet art éphémère qui célèbre le corps et l’habille en « trompe l’oeil ».
Spectaculaire, impressionnant, amusant et festif, le Body Painting a aujourd’hui une fonction artistique, ludique et commerciale, à travers l’usage qu’en font les publicitaires pour attirer l’oeil du public.
On retrouve des exhibitions de peinture corporelle dans les boites de nuit, lors de carnavals ou autres manifestations spectaculaires où la musique qui accompagne ces démonstrations est souvent de nature électronique.
Les peintures corporelles peuvent prendre plusieurs formes : des vêtements, la fourrure d’un animal, un tatouage éphémère, une oeuvre fantastique, abstraite ou surréaliste : il y a d’infinies manières de faire du Body Painting. Mais chacune d’entre elles dévoile cet étrange paradoxe : un corps nu peint apparait… habillé.
Et la perception que l’on en a modifie considérablement le concept de nudité et de pudeur. Le Body Painting est également un art qui amène à se poser des questions fondamentales sur le corps !

L’ART DE CRÉER L’ILLUSION...

Anastasia Durasova est une artiste ruse vivant depuis plusieurs années aux États-Unis . C’est à New York qu’ele s’est fait un nom dans le milieu du Body Painting . Démonstrations dans les clubs branchés, séances de photo pour des magazines de mode ou de publicité : son talent exprime une passion qui lui colle … à la peau ! interview.

www.adurasova.com

Comment en êtes-vous arrivée au Body Painting ?

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crédit : Mikhail Bernadsky

C’est en 1999 que j’ai vu pour la première fois des images de Body Art. Il s’agissait d’une série de clichés de femmes nues dont le corps était peint avec des motifs floraux par Joanne Gair, une artiste très renommée, mais que je ne connaissais pas encore à l’époque. Au même moment, une copine de l’école d’art m’a suggéré de faire une séance de photos d’elle. Elle voulait que je peigne sur son corps afin de rendre les photos uniques. Mais à part la vision des photos de Joanne Gair, je n’avais aucune expérience dans ce domaine. Quelles peintures utiliser et comment procéder ? Je n’en avais aucune idée ! Alors, on a fait quelques recherches, et utilisé une recette simple à base de savon, de terre cuite et de peinture à l’eau. C’est ainsi que j’ai fait mes premiers pas dans le Body Art, à 15 ans.

Dans quelle mesure le corps humain est un bon support pour l’art ?
Ce qui est bien dans le Body Art, c’est que l’anatomie du corps permet d’élargir le champ des possibles au niveau de l’illusion créée par le dessin, du concept artistique – en utilisant par exemple les courbes du corps. C’est comme si le modèle remplissait la création picturale de sa propre énergie. D’un autre côté, le processus de création est long et difficile, et le fruit de ce travail ne dure pas très longtemps – jusqu’à la première douche. C’est une discipline particulière et très différente des autres arts, finalement.

Est-ce qu’un corps peint est encore un corps nu ?
Techniquement parlant, oui ! Mais seulement techniquement parlant. Car quand on regarde un corps nu peint, on voit un dessin, d’abord. D’ailleurs, lorsqu’on voit une photo de Body Painting, la première question qu’on se pose c’est : est-ce pour de vrai ? N’y a-t-il pas du travail de retouche par ordinateur derrière tout cela ?

Que préférez-vous dessiner sur un corps : des vêtements, des animaux ou autres ?
Ce que je préfère dans le Body Painting, c’est la possibilité de créer une illusion. J’aime lorsque les gens ne comprennent pas du premier coup et cherchent avant de comprendre tel ou tel effet. Comme par exemple les ailes de l’ « Ange » (ndlr, voir page précédente) : il faut prêter un peu attention avant de réaliser que ces ailes sont peintes sur les deux modèles masculins qui sont derrière la fille au premier plan. Et j’ai utilisé zéro Photoshop pour arriver à cet effet !

“Le Body Painting a plus la cote à Moscou qu’à New York”

Dessinez-vous le motif avant de peindre sur le corps du modèle ?
Oui. Je dessine des croquis tout le temps, car les idées viennent souvent quand on ne s’y attend pas. Donc, je dessine quand j’ai une idée, et je range ces dessins dans une pochette spéciale pour les « idées non encore réalisées ». Au fur et à mesure que l’idée grandit dans mon esprit, j’ajoute des détails au projet, je crée des accessoires etc. Et chose important, je me fais une idée de qui doit être le modèle, selon sa taille, ses cheveux, son visage et sa silhouette…

Une fois que vous en êtes arrivée à ce stade, combien de temps vous faut-il pour réaliser l’œuvre ?

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crédit : Oleg Igorin

Pour préparer un modèle à une séance photo, pas moins de six heures, je dirais. La plus longue séance que j’aie faite a duré 13 heures. Pour les « live shows », j’utilise des motifs plus simples à dessiner, mais je ne m’en tire pas à moins de deux heures et demie par modèle.

Quels sont vos types de modèles favoris ?
En général, j’aime travailler avec des modèles qui connaissent bien leur corps et sont tout à fait capables de le maitriser à la perfection, comme les danseuses, gymnastes et autres athlètes. La sensibilité artistique du modèle est un autre critère important. Je travaille aussi avec des modèles homme, mais moins souvent. Cela dépend du projet.

Vous travaillez sans cesse entre Moscou et New York. Y’a-t-il une différence de entre ces deux villes en termes de perception du Body Painting ?
Moscou est une ville de plus en plus tolérante par rapport à la nudité. Le Body Painting a pas mal la cote, et on voit de plus en plus de publicitaires utiliser ce procédé pour capter l’attention du public. Il n’y a pas tant d’enthousiasme aux États-Unis. La révolution sexuelle des années 70, c’est de l’histoire ancienne pour la société américaine. Dans la publicité, c’est difficile de faire passer un corps nu. En revanche, dans le milieu de la nuit, c’est un art très apprécié et demandé.

Entre le milieu de la nuit, celui de la mode et la publicité, on voit de plus en plus de Body Painting : est-ce que c’est un art « à la mode » ?
Depuis sa popularisation dans les années 60, c’est un art qui connait des hauts et des bas. C’est redevenu très populaire lorsqu’en 1992 Demi Moore a posé en couverture de Vanity Fair le corps peint entièrement par Joanne Gair. De nos jours, c’est vrai qu’il y a une nouvelle vague d’intérêt de la part du public. On s’en rend compte à travers les pages des magazines, les podiums de défilés de mode et le milieu de la publicité qui utilisent ce procédé et redécouvrent le pouvoir du Body Art.

Pour finir, coment voyez-vous votre art évoluer d’ici 2020 ?
Dans dix ans, tout le monde s’habillera en Body Painting !

Propos recueillis par G.D.


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