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BEATRICE ARDISSON
30/03/2010

La bande-son de l’émission culte de Paris Première, Paris Dernière, créée par son mari Thierry Ardisson, c’est elle. Depuis une dizaine d’années, Béatrice Ardisson ressort de derrière les fagots les plus improbables reprises de standards du Rock et de la Pop pour le plus grand bonheur des téléspectateurs. Mélomane invétérée, cette élégante femme issue du monde de la mode utilise la musique comme un styliste manie les tissus : avec application, goût et un sens de la mise en scène raffiné…

“Paris Dernière est une émision insolite, déjantée, il fallait que la musique traduise ce décalage.”

Dans queles circonstances vous a-t-on proposé de réaliser la « mise en musique » des interludes de l’émission Paris Dernière ?

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crédit : François Darmigny

Dans Paris Dernière, la musique a toujours eu une place très importante. Thierry, le producteur de l’émission, a présenté la première saison et en supervisait l’illustration sonore. Toute l’équipe proposait des titres. Quand il a passé le flambeau à Frédéric Taddeï, il m’a proposé de m’occuper de la partie musique qui nécessitait au minimum quinze titres par semaine. Je l’aidais déjà sur certaines émissions, il a vu que j’aimais ça et m’a mis le pied à l’étrier. Ça va bientôt faire plus de dix ans !

Pourquoi avoir choisi de construire la bande son de cette émission à partir de reprises de standards ?
C’est une émission insolite, déjantée, dans laquelle une caméra subjective se balade la nuit dans les lieux les plus inattendus de Paris. Il fallait que la musique traduise ce décalage. Les reprises « éthyliques », utilisées pendant les longs travellings qui servent d’intermède entre chaque séquence, ont bien joué ce rôle. La bande son de l’émission a connu un succès rapide et nous avons lancé immédiatement la collection « La Musique de Paris Dernière » avec le label Naïve. Ça a été mon premier travail d’identité sonore et de sound design.

Pour le volume 7 des compiles Paris Dernière sorti en fin d’année dernière, vous avez lancé un apel à contribution auprès du public. Dans la sélection finale, combien de titres sont issus de cet apel ?
Tous ! L’intégralité des morceaux de ce volume sont des titres que des musiciens m’ont envoyés soit par vidéo sur Dailymotion, soit par mp3 sur le site dédié à ce concours. Il y a eu énormément de participants. Les artistes ont vraiment réagi et se sont montrés très créatifs, ce qui ne m’a pas facilité la tâche pour le tracklisting final... Cela m’a permis de découvrir des musiciens méconnus et incroyablement talentueux, comme Oslo Swan, Tidusko, Waxx ou Kings of Cash avec lesquels nous avons fait un concert le mois dernier au Divan du Monde à l’occasion du lancement de Paris Dernière 7.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’art de la reprise ?
Quand j’ai commencé cette recherche, la reprise avait en France une connotation vraiment ringarde. Contrairement aux pays anglo-saxons où le « tribute » est un exercice de style reconnu. Douze ans plus tard, j’ai toujours le même plaisir à écouter certains covers. En ce moment, mes préférés sont « Teardrops » par The XX et, dans un style très différent et efficacement dancefloor, « aNYway » des Duck Sauce (aka Armand Van Helden & A-Trak). Le clip est génial ! Ce morceau sample le bout d’un titre de 1979 que je ne connaissais pas, « I Can Do It (Anyway You Want) » de Final Edition.

Est-il utile d’aimer l’original pour apprécier une reprise ?
Non ! Je ne suis pas fan de Britney Spears, mais quand Ahmet et Dweezil Zappa, les deux fils de Franck Zappa, reprennent « Baby One More Time », je trouve qu’ils donnent un nouveau souffle à ce titre.

D’où vous vient cette passion pour la musiquet comment ave z-vous fait votre éducation musicale ?
J’ai fait une petite dizaine d’années de piano classique avec une grande tante Premier Prix de conservatoire, et j’étais déjà fascinée par Glenn Gould et ses interprétations décalées de grands classiques. J’ai toujours été passionnée par la musique. Pour l’illustration sonore, j’ai commencé seule avec des vinyles. Puis j’ai réalisé que l’informatique, internet et toute la technologie moderne allaient me permettre de découvrir encore plus de pépites musicales ! Avoir un mari très érudit en la matière a aussi beaucoup contribué à mon éducation musicale. Il m’a fait découvrir toute une génération d’artistes. Mes enfants m’influencent aussi. Je suis curieuse, je viens de racheter une collection de 3000 vinyles de Jazz en parfait état. J’apprends tous les jours, je découvre des nouvelles perles régulièrement.

“J’utilise des bruitages, des titres créés sur mesure pour des marques de luxe, des émissions… il y a un côté couturier du son dans mon travail.”

Vous vous occupez également d’une série des compilations de reprises thématiques intitulée « Mania ». Avez-vous de nouveaux artistes ou thèmes en projet pour poursuivre la série ?
Oui, plein… et c’est bien le problème ! Dès que je trouve un titre, je le range dans une thématique, donc je dois avoir pas mal de « Mania » qui dorment dans mes disques durs… C’est un projet sans fin. En ce moment, je pense très sérieusement à un SwingMania et à un BeatlesMania.

Vous avez contribué à la B.O. du film d’Antoine de Maximy « J’irai dormir à Holywod »… En quoi ce travail fut-il différent de celui que vous faites pour « Paris Dernière » ?

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crédit : François Darmigny

Le cinéma et la télévision sont à l’opposé l’un de l’autre au niveau des contraintes et du temps. Par exemple, il y a un Paris Dernière par semaine alors que pour « J’Irai Dormir à Hollywood », nous avons travaillé en amont pendant un an. La bande son est un mix de covers et de titres originaux, le tout lié par la musique originale composée par Fabrice Viel. Cette fois, il s’agissait de mettre en musique un road trip à travers les Etats-Unis. La thématique était différente, plus spécifique... C’était une expérience très agréable d’autant plus que j’apprécie beaucoup le travail d’Antoine de Maximy.

Aimeriez-vous travailler à l’illustration sonore d’oeuvres cinématographiques ?
Bien sûr, j’adorerais. Ce qui est génial avec mon travail c’est qu’il s’applique à plusieurs domaines, les disques, les lieux, les évènements, la télévision, la pub et le cinéma qui est un domaine qui m’intéresse aussi. Cependant, je n’ai pas participé au projet « J’Irai Dormir à Hollywood » juste parce qu’il s’agissait de cinéma, mais surtout parce que c’est un projet que j’ai suivi du début à la fin, et que je soutiens vraiment. C’est ce qui m’intéresse : un projet qui a du caractère et où on est investi dès le début. C’est primordial pour obtenir une bande son de qualité.

Vous participez à la mise en musique d’événements liés à l’univers du luxe. Est-ce une manière pour vous de concilier vos pasions pour la musique et la mode ?
C’est vrai que j’ai commencé dans la mode, chez Kenzo. C’est un milieu qui me plait et ça fait maintenant plusieurs années qu’avec Chris de Multifunkshun, musicien et Dj, nous faisons très régulièrement des sets pour des soirées et des évènements dans le luxe. Le dernier en date a eu lieu pour une très belle soirée Dior à l’occasion du Festival du Film de Marrakech.

Enfin, quele appellation préférez-vous pour définir votre travail : « illustratrice musicale », « Sound designer » ou « couturière mélodique » ?
Aujourd’hui, je crée des identités sonores pour des Palaces, des galeries d’art, des musées, des marques de luxe, des émissions et des chaines de télévisions, des films. J’utilise très souvent des bruitages, des titres créés sur mesure, donc effectivement, il y a un côté couturier du son dans mon travail. C’est très proche aussi de la déco, Sound Designer est un terme assez juste. Par exemple, je viens de créer une ambiance sonore sur le thème de l’Inde et des pierres précieuses pour la créatrice de bijoux Marie-Hélène de Taillac, résumée dans le Cd « Love from Jaipur », ainsi qu’une ambiance onirique, aérienne et parisienne sur le thème du parfum pour la boutique de Francis Kurkdjian à Paris.

Propos recueillis par G.D.


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