La bande-son de l’émission culte de Paris Première, Paris Dernière, créée par son mari Thierry Ardisson, c’est elle. Depuis une dizaine d’années, Béatrice Ardisson ressort de derrière les fagots les plus improbables reprises de standards du Rock et de la Pop pour le plus grand bonheur des téléspectateurs. Mélomane invétérée, cette élégante femme issue du monde de la mode utilise la musique comme un styliste manie les tissus : avec application, goût et un sens de la mise en scène raffiné…
“Paris Dernière
est une émision
insolite, déjantée,
il fallait que la
musique traduise
ce décalage.”
Dans queles circonstances vous
a-t-on proposé de réaliser la « mise
en musique » des interludes de
l’émission Paris Dernière ?

- crédit : François Darmigny
Dans Paris Dernière, la musique a toujours
eu une place très importante. Thierry,
le producteur de l’émission, a présenté
la première saison et en supervisait
l’illustration sonore. Toute l’équipe
proposait des titres. Quand il a passé le
flambeau à Frédéric Taddeï, il m’a proposé
de m’occuper de la partie musique qui
nécessitait au minimum quinze titres par
semaine. Je l’aidais déjà sur certaines
émissions, il a vu que j’aimais ça et m’a mis
le pied à l’étrier. Ça va bientôt faire plus de
dix ans !
Pourquoi avoir choisi de
construire la bande son de cette
émission à partir de reprises de
standards ?
C’est une émission insolite, déjantée, dans
laquelle une caméra subjective se balade
la nuit dans les lieux les plus inattendus
de Paris. Il fallait que la musique traduise
ce décalage. Les reprises « éthyliques »,
utilisées pendant les longs travellings
qui servent d’intermède entre chaque
séquence, ont bien joué ce rôle. La bande
son de l’émission a connu un succès rapide
et nous avons lancé immédiatement la
collection « La Musique de Paris Dernière »
avec le label Naïve. Ça a été mon premier
travail d’identité sonore et de sound design.
Pour le volume 7 des compiles
Paris Dernière sorti en fin d’année
dernière, vous avez lancé un apel
à contribution auprès du public.
Dans la sélection finale, combien
de titres sont issus de cet apel ?
Tous ! L’intégralité des morceaux de ce
volume sont des titres que des musiciens
m’ont envoyés soit par vidéo sur
Dailymotion, soit par mp3 sur le site dédié
à ce concours. Il y a eu énormément de
participants. Les artistes ont vraiment réagi
et se sont montrés très créatifs, ce qui ne
m’a pas facilité la tâche pour le tracklisting
final... Cela m’a permis de découvrir des
musiciens méconnus et incroyablement
talentueux, comme Oslo Swan, Tidusko,
Waxx ou Kings of Cash avec lesquels nous
avons fait un concert le mois dernier au
Divan du Monde à l’occasion du lancement
de Paris Dernière 7.
Qu’est-ce qui vous intéresse dans
l’art de la reprise ?
Quand j’ai commencé cette recherche, la
reprise avait en France une connotation
vraiment ringarde. Contrairement aux
pays anglo-saxons où le « tribute » est un
exercice de style reconnu. Douze ans plus
tard, j’ai toujours le même plaisir à écouter
certains covers. En ce moment, mes
préférés sont « Teardrops » par The XX et,
dans un style très différent et efficacement
dancefloor, « aNYway » des Duck Sauce
(aka Armand Van Helden & A-Trak). Le clip
est génial ! Ce morceau sample le bout d’un
titre de 1979 que je ne connaissais pas,
« I Can Do It (Anyway You Want) » de Final
Edition.
Est-il utile d’aimer l’original pour
apprécier une reprise ?
Non ! Je ne suis pas fan de Britney Spears,
mais quand Ahmet et Dweezil Zappa, les
deux fils de Franck Zappa, reprennent
« Baby One More Time », je trouve qu’ils
donnent un nouveau souffle à ce titre.
D’où vous vient cette passion
pour la musiquet comment
ave z-vous fait votre éducation
musicale ?
J’ai fait une petite dizaine d’années
de piano classique avec une grande
tante Premier Prix de conservatoire,
et j’étais déjà fascinée par Glenn
Gould et ses interprétations décalées
de grands classiques. J’ai toujours
été passionnée par la musique. Pour
l’illustration sonore, j’ai commencé
seule avec des vinyles. Puis j’ai réalisé
que l’informatique, internet et toute
la technologie moderne allaient me
permettre de découvrir encore plus de
pépites musicales !
Avoir un mari très érudit en la
matière a aussi beaucoup contribué
à mon éducation musicale. Il m’a
fait découvrir toute une génération
d’artistes. Mes enfants m’influencent
aussi. Je suis curieuse, je viens de
racheter une collection de 3000 vinyles
de Jazz en parfait état. J’apprends
tous les jours, je découvre des
nouvelles perles régulièrement.
“J’utilise des
bruitages, des
titres créés sur
mesure pour des
marques de luxe,
des émissions…
il y a un côté
couturier du
son dans mon
travail.”
Vous vous occupez également
d’une série des compilations de
reprises thématiques intitulée
« Mania ». Avez-vous de
nouveaux artistes ou thèmes
en projet pour poursuivre la
série ?
Oui, plein… et c’est bien le problème !
Dès que je trouve un titre, je le
range dans une thématique, donc
je dois avoir pas mal de « Mania »
qui dorment dans mes disques
durs… C’est un projet sans fin. En ce
moment, je pense très sérieusement à
un SwingMania et à un BeatlesMania.
Vous avez contribué à la B.O.
du film d’Antoine de Maximy
« J’irai dormir à Holywod »…
En quoi ce travail fut-il
différent de celui que vous
faites pour « Paris Dernière » ?

- crédit : François Darmigny
Le cinéma et la télévision sont à
l’opposé l’un de l’autre au niveau
des contraintes et du temps. Par
exemple, il y a un Paris Dernière par
semaine alors que pour « J’Irai Dormir
à Hollywood », nous avons travaillé
en amont pendant un an. La bande
son est un mix de covers et de titres
originaux, le tout lié par la musique
originale composée par Fabrice Viel.
Cette fois, il s’agissait de mettre
en musique un road trip à travers
les Etats-Unis. La thématique était
différente, plus spécifique... C’était
une expérience très agréable d’autant
plus que j’apprécie beaucoup le travail
d’Antoine de Maximy.
Aimeriez-vous travailler à
l’illustration sonore d’oeuvres
cinématographiques ?
Bien sûr, j’adorerais. Ce qui est génial
avec mon travail c’est qu’il s’applique
à plusieurs domaines, les disques, les
lieux, les évènements, la télévision, la
pub et le cinéma qui est un domaine
qui m’intéresse aussi. Cependant, je
n’ai pas participé au projet « J’Irai
Dormir à Hollywood » juste parce qu’il
s’agissait de cinéma, mais surtout
parce que c’est un projet que j’ai suivi
du début à la fin, et que je soutiens
vraiment. C’est ce qui m’intéresse : un
projet qui a du caractère et où on est
investi dès le début. C’est primordial
pour obtenir une bande son de qualité.
Vous participez à la mise en
musique d’événements liés à
l’univers du luxe. Est-ce une
manière pour vous de concilier
vos pasions pour la musique
et la mode ?
C’est vrai que j’ai commencé dans la
mode, chez Kenzo. C’est un milieu
qui me plait et ça fait maintenant
plusieurs années qu’avec Chris de
Multifunkshun, musicien et Dj, nous
faisons très régulièrement des sets
pour des soirées et des évènements
dans le luxe. Le dernier en date a eu
lieu pour une très belle soirée Dior
à l’occasion du Festival du Film de
Marrakech.
Enfin, quele appellation
préférez-vous pour définir
votre travail : « illustratrice
musicale », « Sound designer »
ou « couturière mélodique » ?
Aujourd’hui, je crée des identités
sonores pour des Palaces, des
galeries d’art, des musées, des
marques de luxe, des émissions et
des chaines de télévisions, des films.
J’utilise très souvent des bruitages,
des titres créés sur mesure, donc
effectivement, il y a un côté couturier
du son dans mon travail. C’est très
proche aussi de la déco, Sound
Designer est un terme assez juste.
Par exemple, je viens de créer une
ambiance sonore sur le thème de
l’Inde et des pierres précieuses pour
la créatrice de bijoux Marie-Hélène
de Taillac, résumée dans le Cd « Love
from Jaipur », ainsi qu’une ambiance
onirique, aérienne et parisienne sur le
thème du parfum pour la boutique de
Francis Kurkdjian à Paris.
Propos recueillis par G.D.